T'es sourd ou quoi ?


Un moratoire sur les OGM est indispensable, urgent et possible.
86 % des Français réclament une interdiction temporaire ou définitive des OGM (sondage CSA/Greenpeace, septembre 2006) et 62 % des agriculteurs souhaitent que le prochain président de la République décrète un moratoire sur les OGM (sondage Ifop/Fiducial/Journal du dimanche, février 2007). Face à une telle unanimité, tous les candidats à la présidentielle doivent s'engager en faveur d'un moratoire sur toutes les cultures de plantes transgéniques en plein champ. C'est la seule solution pour que la France se donne le temps de transposer la directive 2001/18 et d'élaborer une loi qui protège les producteurs, les consommateurs et l'environnement de la contamination par les OGM.

Depuis 2005, seul un maïs transgénique fabriqué par Monsanto et baptisé le MON810 est cultivé sur notre territoire de façon commerciale. Alors que la France ne dispose encore d'aucune loi sur les conditions de mise en cultures des OGM, des surfaces toujours plus importantes de ce maïs transgénique sont semées chaque année : entre 500 et 1 000 en 2005, 5 000 environ en 2006, et pour 2007, les promoteurs des OGM en espèrent 30 000 hectares !

Cultiver des plantes transgéniques en plein champ implique une dissémination inévitable et incontrôlable des OGM dans les autres cultures et dans l'environnement, ainsi que leur introduction dans la chaîne alimentaire. Une telle contamination empêchera à terme les agriculteurs et les consommateurs de choisir autre chose que les OGM.

De plus, on ne dispose aujourd'hui d'aucune certitude sur l'innocuité des OGM. Personne ne peut garantir qu'ils ne sont pas dangereux pour la santé. Au contraire, un nombre croissants d'études comme celles réalisées en Australie sur des petits pois transgéniques ou en Allemagne sur un maïs OGM (le MON 863) montrent des effets sur l'organismes de rats ayant mangé des OGM. Personne ne peut dire s'ils sont ou non dangereux pour la santé. Dans ces conditions, il faut appliquer le principe de précaution et décréter un moratoire immédiat sur toutes les cultures commerciales et expérimentales d'OGM, à commencer par le maïs transgénique MON810. Un tel moratoire constitue la seule et unique manière d'empêcher la contamination des cultures conventionnelles et bio, la dissémination des OGM dans l'environnement et leur introduction dans la chaîne alimentaire.

Nos voisins européens nous montrent l'exemple
Italie, Grèce, Pologne, Autriche, Hongrie... Depuis 2005 en Europe, de plus en plus d'États ont décrété des moratoires sur les cultures d'OGM en plein champ sur leur territoire. À plusieurs reprises, la Commission européenne a tenté d'obliger ces États à lever ces interdictions. En vain : à chaque fois, une majorité de ministres européens de l'Environnement - dont la ministre française UMP Nelly Olin ! - s'y sont opposés. Voilà qui prouve que le futur président de la République peut, dès son arrivée à l'Élysée, prendre une telle mesure pour la France. Décréter un moratoire est donc une question de volonté politique.

Comment ? La France peut par exemple emboîter le pas à la Hongrie ou à l'Autriche, qui ont pris un moratoire sur le maïs OGM MON810 en faisant valoir la « clause de sauvegarde ». Définie par l'article 23 de la directive européenne 2001/18, cette clause permet à un État d'interdire temporairement un OGM s'il avance de nouvelles informations scientifiques mettant en doute son innocuité.

La France n'a pas encore transposé la directive 2001/18 mais elle peut quand même utiliser cette clause de sauvegarde. Elle l'a d'ailleurs déjà fait en 2003, pour obtenir la prolongation du moratoire décrété en 1998 sur le colza.

La France doit mener sur son territoire une politique cohérente avec ses prises de position européennes. Au sein de l'Union, à plusieurs reprises, le gouvernement français a soutenu le droit des États membres à interdire sur leur sol la culture d'un OGM, le MON810. Pourquoi, dans le même temps laisse-t-il cultiver ce même maïs transgénique sur son territoire, dans le secret et sans cadre légal ? Et surtout pourquoi Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP, ne s'est-il toujours pas prononcé en faveur d'un moratoire sur les cultures d'OGM en plein champ ?

LEXIQUE
OGM
C'est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été manipulé afin de lui conférer certaines propriétés (résistance à certains herbicides, production d'insecticide). Le soja représente 60 % des cultures d'OGM dans le monde ; le maïs, 24 % ; le coton, 11 % et le colza, 5 %.
MORATOIRE
Décider un moratoire sur les OGM signifie interdire de façon temporaire les cultures transgéniques commerciales et expérimentales en plein champ. C'est la seule façon d'empêcher toute dissémination des OGM dans l'environnement.